Kenya: Le parcours tumultueux d’une femme vers la réussite

Publié dans IPS, par Miriam Gathigah, le 8 mars 2011.

… Le district du Mont Elgon, dans l’ouest du Kenya, est si pauvre qu’il ne peut se vanter d’un centimètre de route pavée. Le sort des femmes et des filles ici est difficile – le mariage précoce et la mutilation génitale féminine (MGF) sont monnaie courante.

Pourtant, à partir de ces conditions difficiles, Jennifer Masis a évolué pour devenir une force dans la lutte pour l’autonomisation des femmes.

Masis est née en 1970 dans la communauté Sabot – une société fortement patriarcale rencontrée dans les régions de ‘Western Kenya’ (Ouest du Kenya) et de la vallée du Rift. 

“J’ai grandi en étant très consciente du fait que la place des femmes dans la société doit être perceptible et non convenue. Nous ne pourrions même jamais nous asseoir devant les hommes, encore moins parler”, déclare-t-elle.

“On donnerait à un garçon toutes les chances de grandir et de se développer, alors qu’on pourrait marier une jeune fille à 12 ans, afin qu’elle puisse fournir du bétail [sous forme de dot provenant de la famille de son mari] qui pourrait être vendu pour réunir les frais de scolarité du garçon”.

La MGF, dit-elle, était une cérémonie d’initiation importante. “Les femmes qui n’avaient jamais subi la MGF étaient considérées comme des enfants et ne pouvaient pas se marier”, explique-t-elle.

Heureusement, le père de Masis lui a permis d’aller à l’école, quand bien même sa présence y était considérée par beaucoup de personnes dans la communauté comme une source d’embarras pour sa famille.

Elle a excellé à l’école et a poursuivi les études jusqu’à obtenir une licence en développement communautaire de l’Université Moï.

C’était dans cette institution qu’elle a développé une passion pour le travail communautaire. Après l’obtention de son diplôme en 1994, elle est arrivée à se faire beaucoup entendre en encourageant sa communauté à donner aux filles la chance d’aller à l’école.

“Ce n’était pas facile, mais il fallait le faire. Les femmes étaient très favorables parce qu’elles pouvaient constater que l’éducation avait amélioré ma vie et fait de moi une personne différente. Ayant subi moi-même la MGF, j’ai utilisé cette expérience pour la dénoncer, pour dire que c’est l’instruction qui nous distingue et nous perfectionne, et non la MGF”.

Comme son profil de militante des droits des femmes s’affirmait, les aînés de sa communauté l’ont approchée puisqu’ils ont senti qu’elle avait ce qu’il fallait pour diriger. Cela a introduit en elle le germe de la politique.

“C’était la première fois que j’ai pensé sérieusement à faire de la politique; j’étais fortement encouragée par le soutien des anciens parce que cela signifiait que ma famille entière, y compris la belle-famille, ferait de même et elle l’a fait”, confie-t-elle.

“Je me suis plongée dans le monde de la politique et je me suis présentée en 2002 aux élections législatives dans la circonscription électorale de Kwanza”.

C’est une expérience que cette mère de cinq enfants n’oubliera jamais. “Malgré le grand soutien dont j’ai bénéficié de la part des principaux acteurs, de ma famille, des aînés et des partisans, le chemin vers la date des élections a été entaché de menaces et d’intimidation”.

“J’ai été soumise à toutes sortes d’exactions. On m’a même dit que 14 jeunes seraient envoyés pour me violer. J’ai continué et même remporté la nomination du parti. Je me présentais sur la liste de l’Union nationale africaine du Kenya”.

Alors que tout semblait bien aller, sa nomination a été soudainement dérobée.

“J’ai reçu un appel téléphonique après que les dirigeants du parti ont décidé qu’ils n’étaient pas intéressés par le leadership des femmes et que le numéro deux du parti bénéficierait de la nomination du parti. Il prendrait ma place”, a expliqué Masis … (texte entier).

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