Amouna NGOUONIMBA: nous dévoilons dans notre ouvrage la supercherie qui veut faire de nos mères des exciseuses traditionnelles

Interview publié dans Tribune 2 l’Artiste.

Comment le qualifiez-vous donc votre livre sur l’excision ? Comme un rétablissement de la vérité historique?

Les personnes et associations qui luttent sur le terrain contre les mutilations génitales féminines effectuent un travail infiniment louable et colossal. Notre ouvrage vient, dans un élan de solidarité et en toute modestie, leur apporter une arme fatale contre l’argument consistant à renvoyer aux Ancêtres et à la Tradition la paternité des mutilations génitales féminines. De ce fait, c’est en toute assurance que notre travail s’affirme comme un rétablissement de la vérité historique en dédouanant notre Tradition, scientifiquement et sans complaisance, de toute responsabilité à cet égard. 

Nous constatons aussi chez la plupart des Africains l’expression d’un « universalisme débordant » qui veut que si un crime existe en Eurasie, on doit forcément le retrouver en Afrique, comme par une espèce de solidarité aveugle. L’Humain étant ce qu’il est, nous aussi nous avons commis des crimes ignobles, entend-on régulièrement chez nos frères et sœurs africains. Par exemple, si les Eurasiatiques ont fait l’ « esclavage », on dira que « nous (Africains) aussi nous avons vendu nos frères »…  C’est ainsi qu’à la sortie de ce livre, nous avons constaté cette pathologie comportementale récurrente de cet universalisme débordant, dans notre communauté, à travers  des questions similaires à la suivante : « pourquoi cherchez-vous systématiquement à mettre en opposition le monde eurasiatique au monde kamit ». Dans ce questionnement, il y a toujours en filigrane ce procès d’intention pathologique du  « Nègre anti-Blanc », du « Nègre haineux et raciste ». C’est à croire que ceux qui le pensent ne sont pas en paix avec eux-mêmes et sont constamment tourmentés par les contradictions de cet universalisme débordant qui se meut en eux.

Or cela est un faux débat dans la mesure où, pour le cas de l’excision notamment, pour soigner un mal de façon définitive, il faut aller à la source du mal. Si la source était endogène, nous l’aurions dévoilée pour mieux l’exciser sans jeu de mots. Or en l’occurrence, notre recherche nous a dévoilés une origine exogène de l’excision, soit eurasiatique. Pourquoi alors se voiler la face pour des raisons émotionnelles ou de débordantes passions universalistes? Cela est la conséquence d’une éducation occidentalisée ou arabisée. Quand on croit être guéri de ce type d’éducation aliénante, souvent on en est pas tout à fait débarrassée au point que certains réflexes remontent à la surface. On observe systématiquement cette pathologie comportementale à toutes les fois où nous devons aborder les questions reliées aux crimes que nous avons subie des Eurasiatiques. À tous les coups il y a cette réflexion imparable du « nous aussi nous avons fait tel ou tel crime », « nous aussi nous sommes capables du pire », « nous aussi nous sommes ceci ou cela » et tant d’autres du genre.

C’est un comportement pathologique dont on doit se guérir impérativement dans notre communauté. Mais d’un autre côté, nous comprenons ce désordre comportementale car on ne sort pas psychologiquement indemne de 1400 ans d’agressions hyper violentes. Il y a donc des traces, des séquelles, de ses agressions qui se traduisent par plusieurs pathologies comportementales dont celle que nous venons de révéler.

Par contre lorsque les Eurasiatiques parlent actuellement de l’excision, ils ne s’inscrivent pas dans la pathologie comportementale de cet universalisme débordant puisqu’ils lui trouvent  sans émotion une prétendue origine africaine. Et ceux qui nous taxeraient d’anti-Blanc, cautionnent pourtant ces affirmations d’une origine africaine purement fantasmées. Bon nombre de désordres comportementaux seraient guéris si nous nous affranchissons radicalement de notre éducation occidentalisée ou arabisée. Mais pour se faire, nous devons révolutionner notre système scolaire pour en avoir un qui insuffle aux élèves le réflexe d’avoir un esprit critique au lieu de réciter les cours comme c’est le cas actuellement. Celui qui a été conditionné à réciter à l’école, récitera également dans sa vie adulte sans esprit critique toute information reçue.

Rétablir une vérité c’est admettre qu’elle a été ou est biaisée. Pensez-vous que l’histoire africaine soit sujette à des interprétations erronées ? Qu’est ce qui motive donc la démarche de ses falsificateurs? … (long texte entier).

Liens:

Rédaction du préambule d’une loi contre les MGF;

EXCISION ET MGF: Le mercredi 30 mars 2011 à partir de 13h30 à 16h00 à la salle des Trieux … ;

Emploi du terme MGF;

Equality Now speaks with Dr. Isatou Touray, Gambia … about FGM;

L’excision: couper les petites filles, une pratique abjecte;

Lutte contre les MGF, l’affaire de tous;

Fin de la 4ème session extraordinaire du Conseil consultatif national: adoption des projets de Charte des organisations de la société civile … ;

Franc-Parler: Orgue de barbarie.

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