Johnnie Carson: L’Afrique a besoin de bonne gouvernance

Publié dans AFRIIK.com, par Oumarou Barry, le 25 Mai 2011.

… Johnnie Carson, 68 ans, est un diplomate de carrière. Il a été ambassadeur des Etats-Unis dans plusieurs pays d’Afrique avant d’être nommé en 2009 Secrétaire d’Etat américain chargé des Affaires africaines. Le 26 avril dernier, en duplex de son bureau à Washington, il a répondu aux questions d’Oumarou Barry, rédacteur en chef de l’émission télévisée Initiative Africa (People TV), qui se trouvait dans le studio de l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles.

Récemment vous avez dit, je vous cite : « Ce qui se passe au Nigeria a des conséquences non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour les États-Unis et le reste du monde. » Pourquoi?  

  • Johnnie Carson : Le Nigeria est l’un des deux plus importants pays d’Afrique subsaharienne. Avec une population de 150 millions de personnes, c’est le pays le plus peuplé d’Afrique. On compte entre 70 et 75 millions musulmans dans le pays, et leur nombre ne cesse d’augmenter. L’Egypte compte le plus grand nombre de musulmans en Afrique, mais d’ici cinq ans le Nigeria l’aura probablement dépassée. Mais plus que cela encore, le Nigeria est actuellement membre du Conseil de sécurité des Nations unies et c’est la plus grande économie d’Afrique de l’Ouest. Il fait aussi partie des dix pays qui fournissent le plus grand nombre de soldats pour le maintien de la paix dans le monde. Le Nigeria a joué un rôle clé dans la stabilisation du Liberia et de la Sierra Leone. C’est aussi le quatrième, parfois le cinquième, plus grand exportateur de pétrole vers les Etats-Unis.

Un autre pays important en Afrique, c’est la République Démocratique du Congo. Vous avez l’intention d’y aller pour les élections présidentielles?

  • Johnnie Carson : Je suis très heureux que le Président Kabila ait déclaré son intention d’organiser les élections présidentielles en novembre prochain. Les Etats-Unis, par le biais de son agence de développement USAID, et je l’espère, avec nos autres partenaires, l’Institut national démocratique et l’Institut républicain international mais aussi d’organisations indépendantes comme la Fondation internationale pour les systèmes électoraux, nous avons l’intention d’apporter notre aide pour ces élections. Nous voulons qu’elles aient bien lieu en RDC. Nous voulons apporter notre soutien technique comme nous l’avons fait au Nigeria. Nous voulons envoyer des observateurs de notre ambassade sur place, mais aussi des observateurs internationaux et congolais.

En Côte d’Ivoire, l’arrestation de l’ex-président Laurent Gbagbo a mis fin à cinq mois de crise. Barack Obama a offert le soutien des Etats Unis à Alassane Ouattara, le nouveau chef d’état ivoirien. Concrètement, qu’est-ce que vous proposez?

  • Johnnie Carson : Nous pensons qu’il y a quatre choses à faire en Côte d’Ivoire. La première c’est de promouvoir au plus vite la réconciliation politique. Deuxièmement, il faut reconstruire l’économie. Ensuite, il faut aider les cent cinquante mille, peut-être plus, réfugiés qui ont fui le pays pour aller se réfugier au Liberia. Il faut aussi aider les déplacés à l’intérieur du pays pour qu’ils puissent rentrer chez eux. Enfin, il faudrait réformer le secteur de la sécurité en intégrant toutes les forces militaires et sécuritaires pour ne former qu’une seule et unique force militaire respectueuse de la Constitution et de la règle démocratique. Actuellement, nous sommes en train d’examiner en interne les ressources et le budget que nous avons à notre disposition pour voir comment nous pouvons apporter notre soutien à la Côte d’Ivoire et à son gouvernement. Nous sommes convaincus qu’Alassane Ouattara est le vainqueur légitime de ces élections et nous continuons de condamner l’ancien président Gbagbo pour son refus de céder le pouvoir plus tôt, ce qui a mis en péril l’économie et l’équilibre politique de son pays … //

… Pour finir, une question un peu plus personnelle. Votre première expérience africaine remonte à 1965 avec le Corps de la paix (Peace Corps), une organisation humanitaire, corrigez-moi si je me trompe. Puis vous avez occupé le poste d’ambassadeur dans de nombreux pays sur le continent avant celui que vous occupez aujourd’hui. D’où vous vient cette passion pour l’Afrique?

  • Johnnie Carson : Comme beaucoup d’Américains, j’ai été inspiré par les paroles du Président disparu John Fitzgerald Kennedy. Il a dit un jour : “Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays.” Le Président Kennedy a inspiré des milliers d’Américains, il les a incité à partir à l’étranger, découvrir d’autres pays, apprendre leurs langues, leurs cultures. Il nous a encouragés à rentrer à la maison pour raconter à nos compatriotes ce que nous avions vécu en tant que citoyens du monde. Cette passion est toujours en moi. Je suis très fier d’avoir été bénévole pour le Corps de la paix en Tanzanie pendant trois ans. Cette expérience a eu beaucoup d’influence sur ma vie professionnelle et personnelle. Je suis heureux d’avoir eu l’opportunité de servir les Etats-Unis en tant que diplomate, et d’avoir été ambassadeur dans trois pays : le Kenya, l’Ouganda et le Zimbabwe.

(full long interview text).

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