Africaines mutilées dans leur féminité: combien de temps encore?

Publié dans Contrepoints, (article repris d’ Un Monde Libre avec l’aimable autorisation du site), par Félicité Annick Foungbé d’Abidjan /Côte d’Ivoire, le 6/06/2011.

Dans le monde dit en développement nombreuses sont les atteintes aux droits des minorités. Les Mutilations génitales féminines en Afrique demeurent malheureusement une illustration de cette situation. Pourquoi persistent-elles sur le terrain? Quel schéma de lutte envisager pour espérer un jour clore le chapitre? … //

… Dès lors, pourquoi ne pas axer la sensibilisation autour de la gente masculine?

L’homme étant le chef de famille et l’époux, celui dont l’assentiment est préalable à toute action, le challenge consisterait à emmener les caciques à revoir leur approche de la femme et des MGF. Il faudrait qu’ils arrivent enfin à comprendre qu’il n’y a absolument rien de valorisant à épouser une femme mutilée. Pensons notamment à tous ces intellectuels, parlementaires, juristes, étudiants en fin de cycle, jusque-là insensibles au cri de cœur de la femme, ces intellectuels qui maintiennent ce verrou absurde de la tradition afin de ne pas concéder l’ouverture de trop aux valeurs occidentales …

Pourtant, en premier lieu, le fait de ne pas pratiquer de MGF n’est pas spécifiquement occidental : l’Afrique des MGF est plus l’exception que la règle au niveau mondial. Ensuite, même si la défense des droits individuels a sans doute été une bataille d’abord occidentale, elle a une portée universelle, et elle s’accommode de cultures très différentes. Le droit de la femme sur son corps, dans le respect de la vie, est un droit individuel fondamental, bafoué par ces pratiques communautaristes d’un autre âge.

Ensuite, doit-on observer une attitude de repli sur soi dans un monde qui bouge au seul motif, injustifié d’ailleurs, que l’on ne veut pas perdre son identité culturelle ? Car de quelle identité parlons-nous ? Encore une fois, une identité où la communauté martyrise les femmes. Toutes les cultures ne se valent pas, toutes les pratiques ne se valent pas: défendons-nous l’esclavage au prétexte qu’il fait partie d’une pratique identitaire ? Ne sombrons donc pas dans le relativisme culturel : il y a des cultures moralement supérieures, celles qui respectent les droits individuels. D’ailleurs, si tant est que l’on tient absolument à son identité, pourquoi ne pas conserver les rites et abroger la pratique?

Rappelons également nos élus à l’ordre, eux qui entérinent des propositions de lois anti-MGF à l’hémicycle pour ensuite revêtir des tenues d’apparat et s’afficher aux premières places, lors des festivités marquant la sortie des excisées. Saluons au passage toutes ces ONG impliquées un peu partout dans la lutte contre les MGF, avec une mention spéciale à l’imam El hadj Cissé Djiguiba et son ONG abidjanaise qui s’investit également dans la lutte. Formulons le vœu qu’ils puissent bénéficier du soutien ferme des autorités compétentes. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra espérer que soit définitivement refermée cette page sombre des MGF en Afrique.

Enfin, rendons un hommage appuyé à chaque victime des MGF, en formulant la requête qu’elle s’implique davantage dans le combat, afin de mieux préserver de cette pratique abjecte, tant d’innocentes petites victimes. (texte entier).
(Article repris d’ Un Monde Libre avec l’aimable autorisation du site).

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