Les migrantes, ces femmes de l’ombre

Publié dans Youphil, par Adeline Farge, le 2 août 2011.

Elles sont de plus en plus nombreuses à quitter leurs pays seules. Pourtant, la société continue de les ignorer. Nounous, aides à domicile, femmes de ménages… Les femmes migrantes sont parties prenantes du quotidien des Français. Or, dans les banlieues, celles qui triment dans l’ombre passent facilement inaperçues.

Dans l’imaginaire collectif, le migrant est un homme, généralement travailleur et le plus souvent sans-papiers. Pourtant, d’après l’étude Trajectoires et origines, la France comptait officiellement 5 millions d’immigrés en 2010, dont 53% de femmes. “On a toujours cherché à rendre invisible les femmes et la misogynie survit dans les esprits. Cette représentation est également liée aux premières vagues d’immigration, dans les années 60″, commente Nadia Chabaane, féministe et militante à l’Association des Tunisiens de France ATF  … // 

… Tandis que les hommes frappent aisément aux portes des syndicats du secteur du bâtiment et de la restauration – où ils sont sur-représentés – les femmes, elles, travaillent essentiellement dans les services à la personne quand elles ne sont pas à la recherche d’un emploi. “Les travailleuses n’ont pas de collègues, constate Violaine Husson. Leur force de mobilisation est donc nulle. Les seules retombées qu’elles peuvent espérer sont des répercussions sur leurs salaires avec des licenciements à la clé”. Comme les autres femmes, elles sont donc davantage frappées par la précarité et combinent temps partiels, contrats précaires et emplois du temps surchargés. A leur arrivée en France, elles souffrent d’un déclassement social aggravé par une alphabétisation insuffisante et des discriminations récurrentes.

Dans une société plus propice à la répression qu’à l’information, les initiatives associatives réunies au sein du Collectif Action et Droits des Femmes Exilées et Migrantes ADFEM sont cruciales. Elles soutiennent les immigrées notamment dans leurs recherches d’emploi, de logement, leur insertion au sein de la société et leur orientation professionnelle.

“Les organisations doivent regrouper ces femmes éparpillées afin qu’elles gagnent en confiance et fassent enfin apparaître au grand jour leurs difficultés”, souligne Ana Azaria, présidente de Femmes égalité. Cette association place l’accent sur le travail, facteur d’autonomie en milieux populaires. Or, à leur arrivée en France, les migrantes sont confrontées à un problème d’équivalence et à des discriminations à l’emploi. “On garde l’idée qu’elles ne sont pas diplômées mais elles travaillent toutes car il faut bien survivre”, déplore Violaine Husson.

Son organisation a ouvert, en partenariat avec le Comede, un groupe d’échanges entre femme dans le but de libérer la parole de ces femmes, qui, en raison de leurs origines, ne sont pas habituées à s’exprimer en public. (long texte entier).

Liens:

YOUPHIL, le média de toutes les solidarités, en français, and in english, et en espanol;

Collectif Action et Droits des Femmes Exilées et Migrantes ADFEM; http://doubleviolence.free.fr/spip/spip.php?rubrique19

Comede;

Fédération IFAFE: Initiatives des Femmes Africaines de France et d’Europe;

Ni une ni deux;

Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile CESEDA;

La loi sur les violences faites aux femmes;

Fédération Nationale Solidarité Femmes;

Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides OFPRA;

Convention de Genève en 1951;

Action femmes à la Cimade en Ile-de-France;

Association des Tunisiens de France ATF;

Etude Trajectoires et origines;

France Terre d’Asile.

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