Au Kenya, des Massaï veulent en finir avec l’excision

Publié dans l’Orient  -  Le Jour.com, Quotidien Libanais d’expression française, Source: AFP, le 4 octobre 2011.

Parce qu’elle peut entraîner de graves hémorragies ou encore des complications lors de l’accouchement, la mutilation des organes génitaux féminins est devenue illégale. À Narok, dans l’ouest du Kenya, une petite église accueille une douzaine de jeunes filles Massaï qui ont fui l’excision et un mariage précoce. Ancestrale, cette coutume de la tribu kényane, illégale, se heurte à de plus en plus de résistances. 

Parmi les Massaï, les anciens défendent avec vigueur une pratique selon eux culturelle. Mais parmi les plus jeunes, nombreux sont désormais ceux qui s’en détournent. C’est ainsi qu’a été ouvert en 2007 le centre d’aide géré par l’église de Narok, ville à quelque 150 kilomètres de la capitale Nairobi. Mais non sans difficultés : ses fondateurs ont été menacés, certaines jeunes filles venues s’y réfugier ont été reniées par leurs parents. « Ils vous voient comme quelqu’un qui s’oppose à sa propre culture, à sa propre nature », explique le pasteur Jacob Momposhi Samperu, à l’origine du centre.

Chez les Massaï, les mariages arrangés, qui généralement rapportent plusieurs vaches à la famille de la jeune mariée, sont encore monnaie courante. Promises très jeunes, les fillettes subissent généralement une excision avant de rejoindre le domicile de leur époux, souvent âgé. L’opération intervient pendant les vacances scolaires, parfois dès l’âge de neuf ans. « Épouser une fille qui n’a pas subi d’excision diminue votre valeur en tant qu’homme, explique Martin Ololoigero, l’un des gérants du centre. Il y a des rituels auxquels les filles ne peuvent pas participer si elles n’ont pas subi d’excision. » L’excision, ou mutilation sexuelle féminine, marque chez les Massaï le passage à l’âge adulte. « C’est important pour une femme, estime un ancien, Olemairuj Kipaken. Les Massaï ne laissent pas leur fille se marier, à moins qu’elle n’ait subi une excision. Quand c’est fait, elle devient adulte. C’est pour ça que c’est bien, elle peut rejoindre la maison d’un homme. »

Au Kenya, l’excision des jeunes filles est pratiquée par les Massaï comme par d’autres tribus. L’intervention – qui consiste en une altération ou une lésion intentionnelle des organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales, rappelle l’OMS –, est souvent réalisée à l’aide de rasoirs non stérilisés, sans anesthésiant. Parce qu’elle peut entraîner de graves hémorragies, problèmes urinaires, ou encore des complications lorsque les jeunes filles mutilées accouchent, de nombreuses organisations non gouvernementales ont dénoncé la pratique de l’excision dans le pays. Le Kenya a même fini par l’interdire. La législation prévoit désormais sept ans de prison et 500 000 shillings kényans (3 700 euros) contre toute personne qui pratiquerait une mutilation sexuelle féminine. Si l’opération entraîne la mort de la jeune fille, la prison à vie est prévue. La Première dame du Kenya, Lucy Kibaki, a elle-même récemment appelé à une stricte application de la loi, estimant que les peines prévues étaient « suffisamment dissuasives si elles sont effectivement appliquées ». « Les mutilations sexuelles féminines sont responsables d’un fort taux de mortalité en couches et de mortalité infantile », a-t-elle rappelé … (voir le texte en entier).

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