En Suisse, elle donne une voix à sa douleur

Publié dans swissinfo.ch, par Susan Vogel-Misicka, le 1er juillet 2012. (Traduction de l’anglais: Sophie Gaitzsch).

Vêtue d’un voile rose pâle et d’une longue jupe à fleurs, elle nous rencontre à la gare de Bâle avant de nous emmener en tram jusque chez elle. Elle est chaleureuse et ouverte, et sort bientôt son iPhone pour nous montrer des photos de ses trois enfants. 

Originaire du Soudan, Amal Bürgin vit en Suisse depuis de nombreuses années. Son mari est suisse, ils ont deux garçons et une fille âgés de quatre à onze ans. Le fait qu’elle ait réussi à concevoir et mettre au monde trois enfants est presque incroyable compte tenu de ce qu’elle a subi enfant.

Lorsqu’elle avait cinq ans, à Khartoum, leur ville natale, Amal Bürgin et sa sœur se sont retrouvées au centre d’une cérémonie. Elles reçoivent des bonbons et des tatouages au henné. Puis vient la raison de la réunion: une excision dite pharaonique, soit l’ablation des lèvres et du clitoris suivie de la suture des deux bords de chair restante, laissant seulement une petite ouverture pour le passage de l’urine et du flux menstruel.

Aujourd’hui âgée de 42 ans, Amal Bürgin continue de souffrir des conséquences de cette mutilation brutale, comme elle l’avait dit à swissinfo.ch en 2008. Depuis ce dernier entretien, elle a souvent évoqué son expérience publiquement et est parvenue à aborder son calvaire avec sa mère.

Une tradition laide:

L’excision est considérée comme un crime par le droit suisse. Cependant, Amal Bürgin est réticente à qualifier les mutilations génitales féminines de la sorte.

«C’est une tradition très ancienne et très laide, mais je ne veux pas l’appeler ‘crime’. Des gens comme mes parents et leurs parents avant eux l’ont suivie. La tradition a été transmise de génération en génération. Ils pensaient qu’ils agissaient au mieux pour leurs filles.»

Selon Amal Bürgin, il s’agit d’une pratique importante pour les siens pour des raisons culturelles et religieuses. L’objectif est que les filles restent «propres» physiquement et qu’elles ne pensent pas au sexe avant leur mariage … //

… Mari choqué:

Amal Bürgin est venue en Suisse il y a de nombreuses années. C’est là qu’elle a rencontré son mari. Elle était encore vierge lorsqu’elle l’a épousé à l’âge de 28 ans. Bien que converti à l’islam, son mari ignorait totalement que les mutilations génitales féminines étaient courantes dans certaines communautés musulmanes.

«Il a découvert ce qui m’était arrivé au moment de notre nuit de noces et a été choqué. Il ne connaissait rien à ce sujet et, franchement, il n’a pas pu faire l’amour avec moi», raconte Amal Bürgin. Son époux a alors suggéré qu’ils aillent voir un médecin, ce qu’elle a tout de suite accepté.

«Le médecin était aussi très choqué, ce qui m’a négativement surpris», se souvient-elle. Elle s’attendait à ce qu’un gynécologue soit au moins au courant de ces pratiques. «J’ai été opérée pour rétablir l’ouverture et tous mes souvenirs sont revenus à la surface», décrit Amal Bürgin. La guérison a ensuite été longue: un mois de repos complet, alitée. «C’était très douloureux, mais je suis heureuse de l’avoir fait.»

Pour Amal Bürgin, même si tout mari aimant emmènerait certainement sa femme chez le médecin plutôt que de la forcer à voir des rapports sexuels, cela n’est pas une solution. «La solution serait que les hommes refusent simplement d’épouser des femmes qui ont été excisées.»

Bien que certains hommes considèrent les mutilations génitales féminines comme une affaire de femmes, d’autres font activement campagne contre cette pratique. «J’ai même dernièrement trouvé un groupe Facebook. J’étais surprise mais j’ai apprécié», note-t-elle.

Au sein de sa famille, son frère, qui a eu trois filles, a décidé en compagnie de sa femme qu’elles ne seraient pas excisées.

Prendre la parole: … //

… Sa mère a répondu que c’était la tradition, une pratique découlant de l’islam. Ce à quoi la jeune femme a rétorqué que rien dans l’islam n’ordonnait la mutilation génitale des fillettes.

«Ma mère a dit: ‘Alors tu ne vas pas le faire?’ et j’ai répond que non. Après ça, elle n’a plus rien ajouté.»

Sa fille a quatre ans aujourd’hui et Amal Bürgin sait à quel point leurs corps sont différents. «Je vois la différence entre ma fille et moi. Je ne pourrais jamais dire que mon corps est beau, non, il est terrible. Ma fille, elle, est comme Dieu l’a faite.» (le texte en entier).

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