En Égypte, le spectre du retour de l’excision

Publié dans Euro-Med Women Network, North-South Process for the Empowerment of Women, par lepoint.fr, 19 December 2012.

Massivement pratiquées, les mutilations génitales féminines sont interdites depuis 2007. De récentes déclarations inquiètent les associations. L’excision va-t-elle redevenir légale en Égypte ? C’est ce que laisse entendre le documentaire-choc de Paul Moreira Sexe, salafistes et printemps arabes, diffusé récemment sur Canal+. En Égypte, ces mutilations existent depuis longtemps et sont pratiquées en masse, obéissant à une tradition présente en Afrique depuis l’Antiquité – et qui n’a donc pas été importée par l’islam. 

Officiellement, il n’est pas question de revenir sur l’interdiction de cette pratique, mais certaines personnalités politiques de premier plan en Égypte l’évoquent. Depuis la mort d’une jeune fille à la suite d’une excision mal pratiquée, en juin 2007, l’Égypte avait pourtant lancé une politique ambitieuse de sensibilisation, grâce aux ONG, aux associations de médecins, au ministère de la Santé et, surtout, à l’ONU, qui apportait un soutien massif.

Le grand mufti de l’université al-Azhar, une autorité en matière d’islam sunnite, affirme à l’époque que cette pratique est interdite par l’islam … //

… Une autre déclaration va mettre le feu aux poudres. Omaima Kamel, membre du comité de rédaction de la Constitution et conseillère du président Morsi sur la question des femmes, affirme, dans une interview au journal égyptien Tahrir, que l’excision existe en Égypte et de façon massive. Et qu’il faudrait donc médicaliser cette pratique. L’idée est ancienne : mal faite, l’excision entraîne des infections. Il faudrait donc, en quelque sorte, la “sécuriser”.

C’est le tollé.

Des associations de défense des femmes, soutenues par les Nations unies, réaffirment dans une vaste conférence de presse le caractère criminel de l’excision, tandis qu’à l’ONU la cause d’une interdiction globale des mutilations génitales féminines progresse. Omaima Kamel dément ses propos qui, selon elle, ont été déformés par un journal farouchement anti-Frères (1). Puis elle réaffirme son soutien à l’interdiction de l’excision.

Il n’empêche : cette cacophonie autour de l’interdiction de l’excision inquiète les ONG. “Les déclarations contradictoires se multiplient. L’excision n’est pas nommément interdite dans la nouvelle Constitution. Il suffirait d’une loi pour défaire d’un coup le travail de cinq ans”, confie le membre d’une de ces ONG. Il tient à rester anonyme. Le sujet de l’excision reste sensible. Surtout dans le chaos politique que traverse l’Égypte.
(le texte en entier).

(Meme thème dans le blgo: f-gros.com).

Liens/Links:

Les filles qui risquent l’excision chez elles peuvent désormais trouver asile en France: dans SenewebME;

L’ONU demande à l’Indonésie de ne plus tolérer l’excision, dans AsieInfo;

La chirurgie au secours des victimes de l’excision: au Sénégal dans La Voix de l’Amérique VOA;

LE TAUX DE PRÉVALENCE D’EXCISION EN CENTRAFRIQUE DEMEURE LE PLUS ÉLEVÉ DE LA SOUS RÉGION;

Nice, jeune femme Massaï a dit non à l’excision et milite aujourd’hui pour des centaines de jeunes filles;

Témoignage d’une femme engagée: Lutter contre l’excision, informer et déconstruire la tradition;

Femmes bafouées, battues, et autres futilités;

Audio: A Bamako, le monde selon Joséphine Keita … et Découvrez notre dossier spécial: Au Mali, aujourd’hui;

Eradication de l’excision: Le silence des communautés ralentit l’application de la loi;

130 millions de femmes sont excisées chaque année dans le monde:

Vote contre les mutilations sexuelles féminines à l’ONU a été apprécié:

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